Les lauréats du prix Elbakin.net 2026 sont là !

Après presque un mois de suspense, les voici enfin !
Nous pourrions vous proposer une longue introduction pour vous rappeler que les prix Elbakin.net 2026 récompensent des romans de fantasy parus pour la première fois en français entre le 1er juin 2025 et le 31 mai 2026, qu’ils sont organisés par l’association Elbakin.net et ses deux jurys (adulte et jeunesse), que vous pouvez relire aussi l’article annonçant les nominations pour avoir plus de détails sur les nommés… Tant de choses que l’on pourrait écrire, mais qui ne feraient qu’entretenir artificiellement une surprise déjà dévoilée par l’image d’illustration. Alors, allons-y !

Nos félicitations aux autrices des lauréats, traductrices qui portent leurs mots, et maisons d’édition qui ont cru en elles !

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Lauréats francophones

Meilleur roman de fantasy francophone adulte

L’Envol des sables, Aurélie Luong (Argyll)

Écouter la première page de L’Envol des sables dans notre podcast Première page.

Tanger, à l’aube du VIIIe siècle.
Pour rattraper la faute qui leur a valu d’être exclus de leur clan, Ahmed a uni son destin à celui de son frère d’armes, Tariq, prodige de l’armée amazighe. Ensemble, ils ont combattu pour les Omeyyades et remporté de nombreuses batailles.
Arrivés à l’ouest du monde, dédaignés par leurs supérieurs, ils s’enlisent dans les rues de Tanger, lorsqu’un seigneur renégat d’Hispania leur livre l’opportunité qu’ils n’espéraient plus : passer de l’autre côté de la Méditerranée et remporter des victoires en leur propre nom ; de celles qui mettraient les Amazighs à l’abri du joug omeyyade ; de celles qui rattrapent toutes les fautes.
Désobéissant aux ordres du calife, les deux hommes réunissent en secret une armée hétéroclite, guerriers du désert, éleveurs des montagnes ou encore mages capables de manipuler le vent. Loin des dunes qui les ont vu naître, ils se lancent à l’assaut de l’Hispania, pour la gloire ou l’oubli.

Un roman de fantasy historique qui s’intéresse à une période et un point de vue peu visités – la conquête d’al-Andalus vue par des Amazighs au VIIIe siècle –, un héros qui s’obstine à vouloir ne pas en être un, un récit de conquête et de guerre, une écriture soignée et maîtrisée dans tous les registres : on ne peut pas dire qu’Aurélie Luong n’avait pas mis toutes ses chances de son côté pour séduire le jury, après avoir brillamment représenté la maison Argyll pour ses 5 ans !
Ahmed rêve d’une terre pour son peuple, de liberté pour lui-même et surtout de gloire pour son ami, son frère, son agma. Déterminé à tout faire pour l’homme qui l’a sauvé et qu’il veut sauver à son tour, il est tiraillé entre deux cultures, deux pouvoir et deux loyautés. L’Envol des sables est ainsi le récit d’une émancipation, d’une découverte de soi, de ses espoirs et bien souvent de ses échecs autant que de son apprentissage à faire confiance à lui-même, aux autres et au monde. Autour de ce narrateur tourbillonnent ses proches, ses alliés et ses ennemis, les clans, le califat, la guerre et la violence… Le programme est ambitieux et comporte de nombreux écueils sur lesquels il serait facile de s’échouer, mais l’autrice mène son récit avec brio, qu’elle nous dépeigne le fracas des batailles, la force de cet amour fraternel et les tragédies qui vont avec, la magie du désert ou la douleur de la trahison. On est tour à tour emporté par la soif de gloire des héros, ému par l’affection qu’Ahmed porte à tous ceux qui l’entourent, porté par le souffle du vent ou encore saisi par la férocité des combats. D’une plume limpide et précise, Aurélie Luong signe là un roman formidable qui nous restera en mémoire.

Les autres nommés :
Trois nuits, Stéphane Arnier (PVH Éditions)
Thorvald au fil d’or, Alexandre Desoutter (Argyll)
Le Silence des Lys Tigrés, Sally Fauconnier (Mnémos « Naos »)
De l’or dans les mains, Eva Martin (Critic)

Meilleur roman de fantasy francophone jeunesse

La Dernière Archive, Camille Sirieix (Mnémos « Naos »)

Creusée au cœur de la montagne, Savère vit en vase clos depuis des siècles, à l’abri des guerres du monde extérieur.
Mais le jour où un corps chute dans une colonne de ventilation, déclenchant une coupure d’électricité, l’équilibre de la cité vacille.
Lorsque Thybalt, un inspecteur énigmatique venu des bas-fonds, vient demander son aide à Eulalie, archiviste méticuleuse, fille et sœur de Hauts-Magistrats, pour retrouver l’identité de la victime, elle se retrouve malgré elle plongée dans une enquête troublante à ses côtés. Car l’incident n’en était pas un…
Alors que les morts s’accumulent et que d’étranges créatures aux yeux rouges rôdent dans l’ombre, les certitudes s’effondrent. Plus Eulalie cherche à comprendre, plus elle met en lumière une vérité effrayante : la menace ne vient peut-être pas d’en bas… Et Savère pourrait bien devenir un piège mortel.

Thriller d’anticipation et récit initiatique, La Dernière Archive mêle enquête, horreur et luttes sociales dans un huis clos vertigineux où chaque niveau cache ses secrets… et ses monstres.

Plongée malgré elle dans une enquête sur une série de meurtres glaçants, la jeune archiviste Eulalie se retrouve violemment sortie de son cocon et contrainte d’ouvrir les yeux sur les travers de la ville-État de Savère. Dans cet univers en huis clos où l’on considère toujours le danger comme venant de l’extérieur, de tels événements viennent perturber l’ordre établi autant que les habitudes et les préjugés… La jeune femme naïve et protégée des débuts devient progressivement beaucoup plus critique de son environnement, consciente des réalités et surtout terriblement en colère contre un système qu’elle ne reconnaît plus. La rigidité de la hiérarchie et le despotisme des élites sont peu à peu mis au jour et les questionnements surgissent.
En mêlant une intrigue policière pleine de suspense à un commentaire social, vue par les yeux d’une héroïne courageuse mais pas toute-puissante, La Dernière Archive nous entraîne dans un univers sombre, violent et complexe dont l’atmosphère oppressante vient autant de l’organisation dystopique de la ville que des cadavres qui s’empilent. L’écriture fluide, parfois distancée mais souvent incisive, sert parfaitement ce premier roman de Camille Sirieix judicieusement repéré par les éditions Mnémos. Un récit haletant qui mélange les genres avec brio, entre politique, fantasy et luttes sociales pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Les autres nommés :
Walter Cobb. Nos chemins d’or et de poussière, Mathilde de Lagausie (Rouergue)
Mur-murs, Florie Maurin (Sarbacane)
H, mort ou vif, Pascale Quiviger (Rouergue)
Yellow Feu Follet, Siècle Vaëlban (L’École des loisirs)

Lauréats traduits

Meilleur roman de fantasy traduit adulte

The River Has Roots, Amal El-Mohtar
(J’ai lu « Nouveaux millénaires »), traduction de Patrick Marcel

Écouter la première page de L’Envol des sables dans notre podcast Première page.

Dans la petite ville de Thistleford, non loin de la Féerie, vit la mystérieuse famille Hawthorn. C’est là qu’elle plante, soigne et taille ses arbres, des saules enchantés dont elle utilise chaque partie : les feuilles pour le thé, l’écorce pour les remèdes, le bois pour les instruments.
Personne n’est plus dévoué à ce travail que les filles Hawthorn, Esther et Ysabel, qui s’aiment autant qu’elles chérissent leurs arbres. Mais lorsque Esther rejette un prétendant insistant au profit d’un amant venu de l’énigmatique Arcadie, le lien qui unit les deux sœurs est menacé, tout comme leur vie…

Si vous n’avez jamais apprécié la grammaire, peut-être ce court roman pourra-t-il vous réconcilier avec elle. Car ici, elle est magique, portée par la rivière qui coule jusqu’en Féerie. C’est bien la langue et son pouvoir qu’Amal El-Mohtar met au centre de son roman, inspiré d’une ballade du folklore britannique : celui de promettre, de maudire, de consoler ou de mentir, de guérir ou de détruire. Mais elle choisit surtout de mettre en avant ce qu’elle a de plus beau, de plus poétique et de plus délicat, plutôt que de s’appesantir sur la peur ou la violence. Les deux sœurs Hawthorn, gardiennes de la rivière, nous parlent de partage et de réconciliation, de la joie de transmettre malgré la douleur de la séparation. Si le monde s’avère dangereux pour elle, elles trouvent refuge dans les eaux claires de la grammaire, celles qui nous portent jusqu’au pays de la fantasy dont l’autrice ouvre les portes pour nous.

Court mais dense, The River Has Roots est de ces textes petits par la taille mais grands par les émotions et les rêveries qu’il peut susciter en nous. Saluons également le travail de Patrick Marcel, traducteur aguerri à qui J’ai lu a confié cette tâche complexe de faire couler en français la rivière de Féerie.

Les autres nommés :
La Dame renard, Yangsze Choo (Hachette Heroes « Le Rayon imaginaire »), traduction de Félix Huet
Hécate la sorcière, Nikita Gill (Hachette Heroes « Le Rayon imaginaire »), traduction de Chris Vuklisevic
The Book of Love, Kelly Link (Albin Michel Imaginaire), traduction de Michelle Charrier
Les Survivants du ciel, tome 1 du Cycle des Rages, Kritika H. Rao (Albin Michel Imaginaire), traduction de Florence Bury

Meilleur roman de fantasy traduit jeunesse

Le Voleur, tome 1 du Voleur de la reine, Megan Whalen Turner
(Monsieur Toussaint Louverture), traduction de Yoko Lacour

Imaginez une contrée aux accents ­mé­diterranéens : champs d’oliviers, montagnes rocailleuses, soleil sec sur les murs épais de cités antiques. Au nord, de puissants pays continentaux:; au sud, l’immense Empire mède. Entre les deux : une petite péninsule habitée de peuples aux noms grecs, qui partagent une langue, quelques dieux, mais sont divisés en trois royaumes : Eddis, Sounis et l’Attolie.
Eddis, niché au cœur de la chaîne d’Héphestial, est un lieu isolé mais stratégique, fort d’une route commerciale essentielle et d’un atout humain inestimable. Le roi de Sounis rêve d’en conquérir la reine, dont l’alliance lui ouvrirait la voie vers l’unification de la péninsule. La reine d’Attolie, glaciale et redoutable, doit quant à elle lutter contre ses propres barons et déjouer les manœuvres des Mèdes, prêts à s’imposer à coups d’intrigues et de machinations.
C’est dans ce décor byzantin, fait de tractations, d’espionnage et de conflits ouverts ou feutrés, qu’intervient Gen, jeune voleur sounisien convaincu de pouvoir tout dérober – comme le Sceau royal, dont il s’est emparé dans les appartements du roi. Jeté en prison, il croupit jusqu’à ce que le plus puissant conseiller de Sounis, le Mage, lui propose un marché : voler une antique relique en échange d’une ­possible libération.
Commence alors une incroyable saga, où coups d’éclat, mythes fascinants et jeux de pouvoir s’entremêlent. Une lecture qui, tome après tome, devient toujours plus épique, tendue et follement addictive jusqu’à sa conclusion magistrale.

Il y a quelque chose d’épatant avec ce livre. Pourtant, s’il est paru en 1996 en anglais, multirécompensé et déjà presque considéré comme un classique de la littérature de jeunesse fantasy, il n’avait jamais eu droit à une traduction en français jusqu’à cette belle initiative de la maison Monsieur Toussaint Louverture. Mais voyez plutôt : on l’ouvre. On en lit les premières lignes. Et on n’en décroche plus jusqu’à la dernière page. Il s’empare de notre attention comme Gen s’est emparé du Sceau royal, mais heureusement avec des conséquences beaucoup plus sympathiques. Parce que Gen, lui, a bien trop fait le malin, et il s’est attiré des ennuis, le genre d’ennuis qui pourraient causer une détestable sécession entre sa tête et le reste de son corps. Le voilà donc embringué de force dans un casse d’un autre genre, en compagnie de braves gens tout aussi peu motivés que lui.
Megan Whalen Turner excelle dans ce roman d’aventures qui nous emmène dans une sorte d’Italie de la Renaissance version fantasy mâtinée de Grèce. Ses personnages, au départ archétypaux, se dessinent peu à peu au-delà de leur rôle de base – le Voleur, le Mage, le Soldat, l’Apprenti du Mage… – et deviennent tour à tour attachants, agaçants et bien souvent hilarants. Le principal objectif de Gen, outre s’en sortir vivant, est de tendre des pièges au Mage, tout en sachant très bien que celui-ci sait que Gen sait qu’il sait qu’il sait : vous imaginez sans peine le chaos qu’il s’ingénie à déclencher, le tout en râlant autant que possible. Outre la personnalité du héros, ce qui distingue le plus Le Voleur au-delà de ces prémices somme toute assez classiques, c’est l’écriture de l’autrice : très agréable, limpide et fluide, précise et soutenue mais très accessible pour mettre son récit à la portée des jeunes lecteurs et lectrices autant que des adultes, elle est en outre servie par une excellente traduction de Yoko Lacour. Le jury conseille aussi les tomes suivants, dont la qualité reste constante.

Les autres nommés :
Guide pratique pour boulangère magique, T. Kingfisher (Seuil jeunesse), traduction de Rosalind Elland-Goldsmith
Olivetti, Allie Millington (Milan), traduction de Laurent Laget
Voyage léger, Naomi Mitchison (Callidor « Âge d’or »), traduction de Maxime Le Dain
Heir, tome 1, Sabaa Tahir (Bragelonne « Big Bang »), traduction de Laurence Boischot

Izareyael